Café Chorti : Le café équitable du Guatemala en ligne directe

Propos recueillis par Alain De Bast pour le Trade for Development Centre

 

Garantir à de petits producteurs du Guatemala un juste revenu pour leur café et proposer aux consommateurs du nord un produit de qualité supérieure à un prix abordable : voilà le double défi de Café Chorti, une initiative de commerce équitable grâce à laquelle le produit passe directement du producteur à notre tasse, et qui fait de nous de vrais  ‘consomm’acteurs’.

 

A la bourse du café de New-York, l’origine et la qualité de l’arabica du Guatemala en font l’un des cafés les mieux cotés. Et pour cause : c’est l’un des meilleurs cafés au monde. Mais ce n’est pas pour autant que les petits producteurs tirent de leur travail un revenu leur permettant de subvenir décemment à leurs besoins et d’avoir une chance de développer leur activité. Les Indiens chortis en ont fait l’amère expérience dans les années 90, lorsque tous les cours du café se sont effondrés.

Mais paradoxalement, c’est sans doute cette adversité qui les a incités à chercher des issues qui leur permettent aujourd’hui de vivre correctement et d’envisager un avenir serein. Dès 1999, ils ont en effet décidé de mettre leur production en commun au sein d’une société coopérative, La Cuna Chorti. Présent sur place depuis 1994 pour mener différents projets de coopération, le Cinacien Dimitri Lecarte a été l’une des chevilles ouvrières de la coopérative. « Rapidement, nous nous sommes orientés vers le commerce équitable et notre structure s’est regroupée avec des coopératives qui étaient déjà actives dans le domaine. Nous avons profité de l’expérience des autres », explique-t-il.

 

La coopérative, c’était la meilleure manière de valoriser un café de qualité et aux arômes intenses, cultivé dans les collines à plus de 1.200 mètres d’altitude. C’était aussi, pour les producteurs, une manière de garantir un revenu minimum stable et deux fois plus élevé que celui perçu via les canaux habituels. Grâce à cela, ils ont pu enfin à la fois rentabiliser leur culture, redynamiser l’économie locale et investir dans leur propre développement. «  La coopérative est une structure qui ne fait pas que produire et vendre du café. Elle permet aux plus petits de s’unir et de s’en sortir, aux enfants d’aller à l’école. Le café et sa vente, ce sont des outils pour parvenir à ces évolutions cruciales », résume Dimitri Lecarte. Afin de commercialiser leur café, les membres de La Cuna Chorti se sont associés avec la coopérative d’épargne et de crédit Coosajo.

Des débuts difficiles

En 2006, Dimitri Lecarte et son épouse guatémaltèque sont rentrés en Belgique pour constituer une société de commercialisation directe du café, dépendant directement de la coopérative guatémaltèque. L’objectif était de créer un lien direct entre le producteur chorti et le consommateur belge et européen. Mais les débuts ont été tout sauf faciles ! « Notre idée était de court-circuiter toute la chaîne commerciale en devenant des importateurs-distributeurs, mais nous avons rencontré plus d’oppositions que reçu de soutiens », explique Dimitri Lecarte.

 

A son arrivée sur le marché belge, Café Chorti ne porte en effet pas de label du commerce équitable, tout en se revendiquant équitable. « Faire grimper le prix pour avoir le label, ce n’était pas une solution. Le fait de ne pas être labellisé nous a certainement fermé des portes, mais nous avons assumé ce choix. A nos yeux, grâce à notre commercialisation directe et notre contrôle de toute la filière, Café Chorti était peut-être le plus équitable des produits équitables. Finalement, à force d’expliquer notre démarche et quel était notre projet sur place au Guatemala, tout le monde a compris ce que nous faisions. Aujourd’hui, nous sommes d’ailleurs membres de la BFTF, la Fédération du commerce équitable », explique Dimitri Lecarte. Il est d’ailleurs convaincu que le commerce équitable a de beaux jours devant lui, pour autant qu’il reste fidèle à ses origines et à ses processus.


De belles perspectives

Le Cinacien, garde forestier de formation, n’a pas vraiment un profil commercial, et le démarchage dans les grandes surfaces n’est pas son point fort. D’ailleurs, il privilégie la vente de Café Chorti aux particuliers, dans les groupements d’achats et les magasins spécialisés. « Ma vocation première, c’est de mettre le producteur et le consommateur en contact, dans un climat de confiance qui apporte beaucoup plus de bénéfice au producteur », dit-il avec conviction. Et la qualité de son café est certainement son atout majeur pour atteindre et fidéliser le consommateur. Outre la richesse intrinsèque du grain arabica du Guatemala, elle est aussi le fruit d’un travail minutieux, qui comporte notamment une récolte manuelle, une fermentation contrôlée, un séchage au soleil et une sélection rigoureuse des grains. « Avec Café Chorti, les producteurs sont aussi directement distributeurs. Ils n’ont donc jamais été aussi motivés qu’aujourd’hui, parce que c’est le café qu’ils pouponnent durant toute l’année qu’ils vendent eux-mêmes ! »

Pour Dimitri Lecarte, les premières années difficiles qui ont suivi le lancement de la société de commercialisation dans notre pays semblent n’être aujourd’hui qu’un lointain souvenir. C’est avec optimisme et un enthousiasme bien à lui qu’il se tourne vers l’avenir, notamment grâce à l’essor actuel des circuits courts auprès des consommateurs. « Je pense que la crise du lait de 2009 a ouvert les yeux de beaucoup de gens. Les groupements d’achat ont commencé à se développer et j’ai sauté à pieds joints sur cette opportunité. Elle correspond réellement à notre marché et à notre clientèle. Avec ces circuits courts, je me sens aussi personnellement dans mon élément ». Cela n’a rien de surprenant, car Café Chorti et les différents types de circuits courts partagent une même philosophie : créer un lien direct entre producteurs et consommateurs, en supprimant le plus possible les intermédiaires qui se sucrent au passage. « Café Chorti apporte la preuve qu’il est possible de vendre un café bio et équitable à un prix raisonnable. Il démontre par là même aussi que dans l’industrie et les filières conventionnelles, les marges sont très conséquentes », observe Dimitri Lecarte.

 

Séchage du café chorti

Café Chorti est fidèle de bout en bout à sa démarche : la torréfaction du café, lente et de tradition, est confiée aux Cafés St Médard, à Dinant, une petite entreprise familiale avec laquelle Dimitri Lecarte entretient davantage des relations amicales que commerciales. Quinze tonnes de café Chorti y sont torréfiées chaque année, mais les volumes pourraient rapidement augmenter. « J’ai vraiment le sentiment que nous sommes dans une phase charnière. Grâce au développement des filières courtes, qui cherchent de nouveaux produits, je perçois des possibilités de développement et un intérêt manifeste pour nos cafés. La crise peut aussi provoquer un réveil chez une partie de la population, qui est capable de prendre conscience du fait qu’une autre consommation est possible ». Il compte aussi sur cette prise de conscience pour poursuivre l’aventure de Café Chorti sous une autre forme : la sprl créée en 2006 s'est transformée en coopérative à finalité sociale depuis le 1er janvier 2014. Un appel à coopérateurs sera lancé en Belgique, pour que cette coopérative regroupe à la fois les producteurs et des ‘consomm’acteurs’ de café Chorti dans notre pays. Peut-on rêver de lien plus étroit entre les deux?